mercredi 28 mars 2007


Je souriais au vent, et toi, ma méchante soeur, tu me tirais les cheveux.

Un vieux parapluie, une robe blanche, et une exécution.

Pourtant, elle détestait le blanc.

lundi 26 mars 2007


"Eveillé, il achève sa vie dans une sorte de rêve continuel: il dit des choses bizarres très doucement, d'une voix qui m'enchanterait si elle ne me perçait le coeur."

Sur le parvis d'une Eglise, Monsieur ravale quelques rancoeurs matinales. Il estompe les couleurs de son corps, sous un cortège de musiciens vagabonds. Il effleure des nuances passagères, sous le tumulte des oiseaux gris. Monsieur regarde passer les mélancolies futures, et écrase le pavé de ses larmes regrettées. Il repense encore à ce violoniste unijambiste, qui lui dictait des vers disparus.



Lentement, le silence.

"tristesse beau visage."

"Elle arrête par des lignes les contours du profil de son amant sur le mur à la lumière d'une chandelle."

Chère Mona...

Vous aviez le dos tourné.

Découverte de l'homicide.

M'accordez-vous cette danse?

Monsieur loge dans une cheminée.

Elle le regarde descendre ces marches, ses bretelles sont trop grandes.

Et vous?

Le silence est voulu ici.
Mais un air de musique est venu rompre le recueillement des hommes habillés de noir, le dos courbé par un plafond trop bas.
Un inceste souhaité.
Elle a plongé nue parmi les nymphéas, elle ne s'en est pas voulue de l'avoir laissé au bord d'un toit.

Le Marquis lui peigne ses longs cheveux bruns, quelques-uns se déposent gracieusement sur le sol, dans un silence absolu.

Dites-moi que oui, et depuis toujours, il n'y a rien de mieux qu'un ciel gris.

Déflorez la, elle vous attend à l'intérieur de l'armoire vide, vous pourrez admirer son visage exsangue.

Sous un réverbère, Mona a pleuré.

Ombres portées.

Avant de lui faire lire, monsieur expurge quelques textes.

Quelques gouttes de sang sur un vieux violon, et le silence se fait.

Il y a toujours eu des portes inutiles.
La musique qu'il joue est-elle vraiment celle qu'elle entend?



Hugo: Je ne vois rien.
Arago: Vous voyez la lune.
Hugo: Je ne vois rien.
Arago: Regardez.

"Moi, je suis toujours à la recherche d'un endroit où je pourrais revenir."

Serait-ce vous?


Que vouliez-vous me dire?


Celui.

Piétinez moi jusqu'à mon dernier souffle, jusqu'à une méconnaissance totale.
Je souhaiterai vous voir sourire. Embrassez-moi, là, sur mes lèvres bleues, sur mon visage blême.
Je suis cette femme.
Je suis cette pluie aussi.
Chaque matin elle meurt.
Faites de moi votre chaise, celle mangée par les termites qui ne sert plus que de décor.Brisez leurs crânes, écartez leurs lèvres et faites-leur avaler leur chaire, et qu'ils boivent leur propre semence.
Puis, prenez-les en photo. Je souhaite des clichés de grandeur moyenne, sans trivialité, sans lumière criarde. Je veux de la poésie jusque dans leur douleur.
Je veux des yeux sans paupières.
Je veux tout cela et rien de plus.
Je veux tout cela, c'est tout.
J'aime tellement votre morbidesse.

Je veux qu'il vienne, maintenant. L'horloge n'annonce plus l'heure, c'est mieux ainsi. Ils seraient tellement plus beaux sans jambes, à gémir de douleur. Avez-vous envie d'une bouche pleine de foutre ma chère Marquise? Mon Roi, vous l'être suprême, je vous désire. Vous n'êtes pas beau, vous êtes sublime car le beau laisse indifférent mais le sublime émeut. Et vous, petite fille, avec votre jupe tachée vous dansez sur un tapis trop petit. Il vous regarde et vous dit que vous serez à lui au bord d'une rivière silencieuse, sur des feuilles mortes.
Je crois que j'ai rêvé de vous, c'est confus, peut-être était-ce un autre, au visage blême vous me regardiez.
Il voudrait le faire devant un miroir.
Le fer touche votre corps. Existe-t-il meilleure sensation que ce corps inerte, froid, sur votre peau brûlante et transpirante?
Il se cache derrière la tapisserie, observez sa mèche de cheveux qui laisse transparaître sa présence. Il est là depuis des années, et lui aussi veut une corne.

Jeune fille cherche homme pour orgies.

Cannibale cherche jeunes femmes désespérément.

Les cadavres l'ont trahis.

Et puis rien.


Ce jour là tu as souri.
*
*
*
*
*
MONA.

Ils ont mis son corps froid dans une grosse valise rose pâle, et ils l'ont emmené voir les avions, ceux en papier qui ne volent que très peu de temps.

-ça t'irait bien de te masturber sur un trottoir.

Mon cher marquis,

Parlez-moi de vos tourments, décrivez-moi vos songes, et écrivez-moi quelques proses sans sens.

Votre Ethel.

Histoire pauvre en couleur.

On pourrait refaire des bouquets de coquelicots, aller les cueillir près des railles rouillées, on pourrait avoir un peu chaud, on pourrait se sourire, et puis tu repartirais.


Dans l'obscurité, à l'aide d'une flamme, elle n'éclaire que la moitié de son visage. Elle est nue, assise sur un sol froid. Elle entend juste des pas, il n'est pas loin.

-Tu joueras du violon, pour moi.

-Je crois que je vous aime.

-Un peu?

Dans cette chambre, je n'ai plus peur.

Ont-ils souri?

"Mona a faim. Sa robe est mince. Rien que des tissus du soir, flacon de parfum..."

"Il regardait son visage sur la surface de l'eau. Puis, sur ce visage, il vit soudain une grande frayeur. Et ce fut la dernière chose qu'il vit."

On pourrait peut-être s'oublier.

Fantaisie impromptue.

-Ne partez pas trop loin.



-Vous sentez le désespoir.

L'ascenseur est vide.
Nudité fraternelle.




J'ai brûlé son matricule et j'ai mis les cendres dans un vieux flacon à parfum vert.

Fi.

Oui, monsieur le Marquis.

" 'Cause I'm the taxman, yeah I'm the taxman"

Sur ces notes de piano.

"Si cruel ce reflet de moi-même. Dans cette glace qui me glace l'épiderme."

Je lui dirai des mots inutiles, ce genre de mots qu'on oublie vite.

Dans une immense maison poussiéreuse, remplie de vieux meubles, il voulait qu'elle s'offre à lui sur un lit beaucoup trop grand.

-Je suis l'être éternel.
-Non.

Je le sais, il n'aura jamais froid.

La porte tombe.

Ils ont faim, la mange et ne regrettent rien.
Pourquoi regretteraient-ils?

D'abord la vie puis sa lueur.

Les bruits, les cris, se décuplent, j'ai mal.

Léthargie.

Le poète naît.

Le poète se masturbe.

Le poète court.

Le poète est jaloux.

Le poète meurt.

Jaromil, le poète incompris assassiné par sa mère. Accompagne le dans ses lits d'amour, donne lui la vie.

Sur une chaise bancale elle l'attend dans l'obscurité, près de l'abîme.

Un jour je prendrai un train sans connaître sa destination, un jour.

Elle me parle mais je ne vois que le mouvement de ses lèvres.
Je traverse des miroirs.

Il se couche près des corps silencieux, l'odeur l'excite. Il lèche leurs cheveux et les avale.
Il ne voit plus, c'est mieux ainsi.

Il est mon vivant poème.

Je ne veux plus de leurs réponses sibyllines.

Pars.

Je ne veux plus.

Et elle, elle déteste tous ces êtres déjà choisis, déjà vides. Et son vernis rouge s'écaille, encore.

J'ai envie d'entendre son rire, juste une fois.

Il fait un peu froid. Silence. Elle est là, assise sur un vieux tapis poussiéreux orné de fleurs bordeaux et bleu roi. Le corps de Il repose près d'elle. Elle se concentre sur sa respiration.
Lua est là, assise sur le rebord d'une fenêtre, habillée d'une robe blanche en broderie anglaise, avec autour de la taille un bandeau de tissus rouge. Et lui, Jaromil, l'être suprême, est allongé dans la baignoire blanche aux pieds dorés. Il caresse avec sa main la faïence, et l'observe.

Juste une fois, quelques instants.

L'être à la nuque si blanche...

Sur son vélo trop petit, il hésite à traverser, il a peur, Monsieur veut jouer à l'enfant perdu. Monsieur veut de l'insouciance, du temps qui passe en silence. Il ferme les yeux, voit un échiquier géant, une horloge trop grande, et des portes sans serrures.Il pleure un peu, puis sourit.

Et elle, seule, elle n'a plus peur.
Maintenant, elle sait tout.

Il se cache dans une usine desaffectée.

Je le verrai encore.


Fais nous voir ça.

"Je sens sa chair dans ma bouche, je jubile comme jamais, le sang coule dans ma gorge, c'est bon, je l'aime. C'est une plaie qui décharne nos coeurs et fait virevolter l'euphorie. Je griffe ses joues pâles, rosées par le froid, et je joue avec ses cheveux."

-Une raison particulière?

La vie est ailleurs.


J'ai rêvé de lui... Il avait tué une fille dans ces toilettes, dans cette pièce trop petite. Je l'ai pris par la main et on est parti. Il marchait trop vite.

Les yeux sont crevés, les poupées cassent, chantent et me renversent.

Un enfant, trois femmes et cinq hommes sont déjà morts, morts etouffés par les autres.
La faim pardonne tout.

Je crois qu il est heureux.

Demain je lui souris, à lui, l'inconnu. Lequel? Je ne sais même pas. Il y en a tant...

La fille. La caravane. Le singe. L'anencéphale de Vichy. Avait-elle raison? Et si c'était ça?

-Pourquoi l'avez-vous tué?

-Parce qu'elle était si belle à cet instant précis, parce que ses larmes me procuraient un plaisir intense.

Qui est le plus fragile?

"Malgré mes larmes...et ta chaise en mouvement perpétuel, je te garde un affectueux souvenir."

Rêver me plait.

Pardon.

Juste une envie de lui.

Monsieur lit et se place au centre, les mains gantées. Monsieur est prétentieux, il s'aime.

L'homme à l'armoire bateau et aux cheveux rouges.

-Non, ils sont roux.

Allez dis lui oui...


La lumière faiblit et reprend vie au rythme de mes paupières. J'ai envie de croire que c est un signe, même si c'est stupide.

Aucun pantin ne la désire. Leurs ficelles tomberont, et cela ne la rendra même pas triste.

En silence, en secret.

Elle mange des coquilles d'escargots et transperce avec ses dents des oeufs crus.